Dans le prolongement de la drôle de guerre, l’inflation s’aggrave renforcée par les pénuries et les pratiques commerciales illégales. Elles vont de fortes hausses pratiquées par tel négociant du Légué à un réseau d’achat pour l’OT dans la région de Rostrenen en 1941. Des colis de viande sont saisis en gare de Lamballe. A plusieurs reprises des commerçants chargés de la collecte sont poursuivis en justice. Les prix doublent de 1940 à 1941 du fait des achats directs à la ferme alors que les salaires sont bloqués. Le pouvoir d’achat des salariés et des retraités se détériore, alors que le coût de la vie est deux fois plus élevé en ville qu’à la campagne, selon les autorités.
Si on s’en tient aux cours légaux, taxés par le gouvernement, les prix des produits de première nécessité triplent de 1939 à 1944. En réalité, les cours réels pratiqués au marché noir ont été multipliés par 5. C’est pire encore pour les denrées sensibles comme le lait, le beurre, la viande : les cours « officiels » ont été multipliés par 3 ou 5, mais au marché noir les prix pratiqués ont parfois décuplé.
Cependant, les services économiques et policiers de Vichy s’efforcent d’enrayer l’essor du marché noir par quelques internements administratifs (sept) et la fermeture de 14 commerces en octobre 1941, mais rien n’y fait. Le gonflement des statistiques de la répression en témoigne et encore les chiffres ne concernent-ils qu’une petite partie du trafic. A la fin 1941, 2 439 procès-verbaux (PV) ont été dressés donnant lieu à des avertissements et à des amendes (24,1 et 45,3 % des cas). 91 affaires seulement ont été portées devant les tribunaux (3,7 %). Un bilan dressé au 1er janvier 1944 porte sur 8 377 PV et donne les résultats suivants : 15,6 % d’affaires abandonnées, 24,2 % d’avertissements, 51,2 % de transactions, 4,6 % d’amendes, 4,4 % transmises à un tribunal. Le phénomène du marché noir a marqué la mémoire des générations qui ont connu les années noires. Et il conduit à s’interroger sur les réactions, les attitudes, les mentalités des diverses couches sociales.
Source : Christian Bougeard, Le Choc de la guerre dans les Côtes-du-Nord 1939-1945, Ed. Gisserot, 1995, p. 69-70.
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