Les combats de Duault, le 12 juin, mirent pour la première fois au coude à coude parachutistes SAS et "patriotes". Georges Ollitrault ("Jojo"), du maquis Tito, se souvient de cette journée de mitraille et de mort. Le lieutenant Botella, aujourd’hui décédé, a écrit le récit de cet épisode.
Les premiers hommes du 4ème Bataillon de parachutistes du Special Air Service (SAS), venant d’Angleterre, avaient élé lâchés sur Duault et Plumelec (Saint-Marcel) dans la nuit du 5 au 6 juin.
Commandés par le capitaine Leblond et le lieutenant Botella, près de 150 paras se retrouvent en quelques jours dans la forêt de Duault. Sans savoir s’il existe effectivement une résistance en Bretagne. Elle existe : de nombreux réfractaires au STO et autres jeunes apolitiques ont gonglé les réseaux FTP mis en place (dès la fin de 1941) par des communistes comme "Alain" Pichouron et Jean Le Jeune. Pour Botella, cette résistance aura pour premiers visages ceux de Jojo Ollitrault et de Georges Nieman, un fugitif allemand.
Le soir du 11 juin (la nuit précédente a vu un important parachutage d’armes et de munitions sur Duault), deux officiers allemands viennent demander leur chemin à la ferme de Kerhamon. Trois parachutistes et, Reiffe, un maquisard de "Tito", y sont attablés... Les deux Allemands s’enfuient.
Vingt et une victimes
Le lendemain, le 12 juin, vers 6 h, une colonne allemande (cinq camions, un side-car, et une voiture) arrive à Kerhamon. Les Allemands incendient la ferme et jettent dans les flammes deux paras qui dormaient dans une grange. Prévenue de l’incident de la veille, une section de paras (40 hommes) et une vingtaine de maquisards se trouvent en surplomb. " C’est Moreau, un de nos gars, qui a balancé la première grenade sur le side-car " se rappelle Georges Ollitrault.
Fusils-mitrailleurs pour les paras, carabines américaines pour les patriotes, grenades : les combats durent jusqu’au repli allemand,vers 18h. Dans la forêt, le gros des paras a décroché pour Saint-Marcel.
Cette journée coûte la vie à cinq parachutistes, deux maquisards et quatre civils. Les paras ont aussi abattu une milicienne et, par erreur, un étudien résistant, pris à tort pour un milicien. Raflées par les Allemands, dix personnes de la commune sont massacrées un peu plus tard à Plestan. Difficile d’évaluer les pertes allemandes.
Le lendemain des camions alliés emportent armes et munitions de la forêt vers Peumerit-Quintin : sous les balles allemandes, un camion explose sur Saint-Nicodème, faisant cinq tués. Botella, une balle dans la cuisse, est caché à Maël-Pestivien.
Vincent Pinson, actuel maire de Duault, avait 18 ans à l’époque et vivait à la ferme de ses parents, à Kerprigent, à 1,5 km de la forêt. Il gardera à jamais en mémoire une fuite éperdue à travers champs, avec trois autres camarades, le jour de la rafle des civils par les Allemands.
Erreur ou première victoire ?
André Botella rapporte que les parachutistes SAS avaient été largués, en soutien au Débarquement, avec des missions difficilement conciliables, selon qu’elles venaient du commandement britannique ou français. Pour les Britanniques : "les paras ne doivent compter que sur leurs moyens organiques propres. Ils s’abstiendront de prendre contact avec la Résistance intérieure, qui n’existe qu’à l’état sporadique et ne peut être d’aucun secours." Pour les Forces françaises à Londres : "Provoquer une levée massive de la Résistance et la constituer en unités organisées."
André Botella considère Duault comme "la première victoire, sinon la seule, de la Résistance après le Débarquement. A Duault, les combattants improvisés de la Résistance sont restés maîtres du terrain."
Pour Georges Ollitrault, des regroupements d’hommes comme celui du Duault ont été une erreur : "Trés organisée, l’armée allemande était beaucoup plus gênée par des actions de guérilla et des groupes mobiles."
Source : Supplément Ouest-France "La Libération des CDN" 1994, p. 4.
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