Le PNB et les Allemands
mardi 17 août 2010
par LE GUYADER Eric

La défaite française est une « divine surprise » pour le noyau d’ultras du nationalisme breton. André Geffroy, ancien du Gwenn ha Du, responsable du PNB de Lannion, rejoint les lignes allemandes comme autonomiste breton. Envoyé en Allemagne, il va tenter d’y recruter des prisonniers bretons (4). Ses chefs Mordrel et Debauvais rentrent en Bretagne à la mi-juin 1940 avec l’intention d’y faire un « coup d’Etat » (Mordrel), sous la protection de l’Abwehr. Début juillet, ils se retrouvent une centaine au château des ducs de Rohan à Pontivy pour y proclamer la charte d’un Conseil National Breton (CNB) et un programme en 18 points, proche des « idées maîtresses du national-socialisme » (Mordrel) (5). A deux reprises, la population de Pontivy manifeste contre ces indésirables.

Cette poignée de séparatistes bénéficie de l’appui de certains milieux nazis : des universitaires, des tenants d’un racisme rapprochant Celtes et Germains, et de Werner Best, nommé « chef de l’administration de guerre » à Paris en 1940. Dans un rapport, il considère la Bretagne comme « la pierre angulaire de la garde atlantique de l’Allemagne » (6).

Cet enjeu stratégique rend d’ailleurs illusoire les rêves des chefs du PNB d’un Etat indépendant breton. Un temps caressé en juillet à la suite de cafouillages des services allemands, cet espoir est rapidement abandonné. Les Allemands ont vite pris conscience de l’isolement des nationalistes et ils s’en tiennent à la protection du PNB tout en jouant Vichy, surtout après Montoire.

Finançant aussi des autonomistes modérés (Yann Fouéré), l’occupant écarte à la mi-décembre les deux « durs » du PNB, Mordrel et Debauvais, envoyés « en séjour d’études en Allemagne ». Raymond Delaporte, un peu moins extrémiste, président du catholique Bleun Brug de 1938 à 1940, prend la tête d’un parti qui veut donner une place privilégiée à la Bretagne « dans l’ordre nouveau ». Les 5 et 6 septembre 1942, à Rennes, lors du 2e congrès des cadres, n’affirmait-il pas : « Nous ne sommes pas des convertis de la dernière heure. Nous n’arrivons pas en Europe les mains vides ».

La propagande du PNB se fait par tracts et par le journal L’Heure Bretonne en partie financé par les Allemands (201 numéros du 14 juillet 1940 au 4 juin 1944) et diffusé à la criée et par abonnement. Des lecteurs des villes et de l’ouest des Côtes-du-Nord participent en 1941 et 1942 à des souscriptions et à des concours d’abonnements. Mais on y relève peu de signatures de militants du département (J. de Quélen, chef départemental jusqu’en 1944, F. Eliès-Aboezen ancien professeur qui travaille à Radio-Rennes contrôlée par l’occupant, P. Gaïc de Plessala exécuté le 22 mai 1944).

Cette propagande attaque les Anglais, critique durement Vichy surtout après la création d’une Bretagne à 4 départements en 1941, est antibolchévique et anti-résistante. Elle appelle à ne pas livrer du ravitaillement aux Français, oubliant qu’une grande partie est destinée aux Allemands. De ce fait, les diffuseurs sont souvent pris à partie (Corlay en 1941 ; Dinan, Saint-Brieuc en 1942...).

Source : Christian Bougeard, Le Choc de la guerre dans les Côtes-du-Nord 1939-1945, Ed. Gisserot, 1995, p. 43-44.

(4) Alain DENIEL, Le mouvement breton, Maspéro, 1976. (5) Olier MORDREL, Breiz Atao, Alain Moreau, 1973. (6) Henri FREVILLE, Archives secrètes de Bretagne 1940-1944, éd. Ouest-France, 1985, ch. 2.