Mémoire Résistance et Déportation dans les Côtes-du-Nord

Hier au soir l’appel du 18 juin sur l’antenne de Londres

Mercredi 19 juin. Tous les habitants sont sur les dents, sur les pas de leurs portes ou errant dans les rues. Les blessés envahissent les artères principales et les abords de la plage. Aucune discipline : c’est une véritable Cour des Miracles. Ils n’obéissent plus aux ordres de leurs officiers pour autant qu’on leur en donne. Tout le monde est en quête de nouvelles et veut en savoir plus long que son voisin. On est à l’écoute de la radio. D’aucuns prétendent avoir vu les premiers soldats allemands à St-Quay. Le professeur G. [Guyot] et sa femme, la pianiste renommée, font bonne contenance envers et contre tout. Ils pérorent à jet continu, déversant sur leurs auditeurs ébahis des torrents d’optimisme. Hélas !

Le bureau de postes est fermé, ainsi que les boîtes aux lettres. Le courrier ne part ni n’arrive. Nous avons un avant-goût de l’occupation.

J’apprends que les banques sont fermées à St-Brieuc mais qu’elles rouvriront prochainement. J’attendrai donc.

On a vu les premiers soldats allemands à St-Quay : un motocycliste qui roulait dans la direction du sémaphore et un autre qui traversait la grande rue à toute allure se dirigeait vers Plouha.

Hier au soir 18 juin*, à l’heure où se formait le Gouvernement Pétain qui abandonne lâchement la lutte, nous avons écouté sur l’antenne de Londres le message revigorant que le général de Gaulle, en mission dans la capitale anglaise, adressait aux Français. Il invite tous les officiers et les soldats à se joindre à lui pour la résistance.

Voici le texte intégral de ce message, éclair héroïque dans les sombres nuées qui nous enveloppent :

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l’ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et qui vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule. Elle a un vaste empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites, l’immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une geurre [sic] mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

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Source : ADCA, 105 J 1, Journal d’Ambroise Got (Saint-Quay-Portrieux), cahier 1, 19 juin 1940.

 

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